La retraite de base et la retraite complémentaire Agirc-Arrco ne suivent ni le même calendrier, ni les mêmes règles de revalorisation. En 2026, cet écart de traitement produit des effets concrets sur les pensions versées aux anciens salariés du secteur privé. Mesurer précisément ce qui sépare les deux régimes permet de comprendre pourquoi la hausse globale perçue par un retraité reste souvent inférieure au chiffre annoncé pour la retraite de base.
Valeur du point Agirc-Arrco et taux de revalorisation de base : comparatif 2026
Le tableau ci-dessous met en regard les données disponibles pour chaque régime au premier semestre 2026.
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| Critère | Retraite de base (régime général) | Retraite complémentaire Agirc-Arrco |
|---|---|---|
| Date de revalorisation | 1er janvier 2026 | 1er novembre 2026 (sous réserve d’accord paritaire) |
| Hausse appliquée | +0,9 % | Aucune depuis le 1er novembre 2024, point gelé à 1,4386 € |
| Mécanisme de décision | Indexation légale sur l’inflation hors tabac (article L. 161-25 du Code de la sécurité sociale) | Négociation entre partenaires sociaux (patronat et syndicats) |
| Référence d’inflation utilisée | Indice des prix à la consommation hors tabac publié par l’INSEE | Inflation constatée, minorée d’un facteur de soutenabilité de 0,4 point (accord du 5 octobre 2023) |
| Fréquence | Annuelle, automatique | Annuelle, conditionnée à un vote du conseil d’administration |
La différence de gouvernance saute aux yeux. D’un côté, un mécanisme automatique inscrit dans la loi. De l’autre, une décision politique négociée chaque année, avec un décalage de dix mois.

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Facteur de soutenabilité Agirc-Arrco : pourquoi la complémentaire augmente moins que l’inflation
L’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 a introduit un principe peu commenté dans la presse grand public. Lorsque les partenaires sociaux fixent la nouvelle valeur du point, ils appliquent un facteur de soutenabilité de 0,4 point en dessous de l’inflation constatée. Si l’inflation annuelle atteint 2 % (estimation INSEE pour 2026), la revalorisation Agirc-Arrco se situerait théoriquement autour de 1,6 %.
Ce mécanisme garantit la pérennité financière du régime complémentaire, mais il crée un décrochage structurel avec l’évolution des prix. Année après année, le pouvoir d’achat de la pension complémentaire s’érode légèrement, même quand une hausse est votée.
Pour 2026, la fourchette évoquée dans les projections oscille entre 1,2 % et 2 % selon le niveau d’inflation retenu lors des négociations d’octobre. Rien ne sera tranché avant cette date. En attendant, les quelque 13 millions de bénéficiaires perçoivent un point inchangé depuis plus d’un an.
Revalorisation retraite de base 2028-2029 : un rapprochement programmé avec la logique Agirc-Arrco
Le PLFSS pour 2026 contient une disposition qui modifie la donne à moyen terme. En 2028 et 2029, les pensions de base seront sous-indexées de 0,4 point par rapport à l’inflation. Le chiffre n’est pas anodin : il correspond exactement au facteur de soutenabilité déjà appliqué par l’Agirc-Arrco.
Autrement dit, la retraite de base adopte progressivement le même mécanisme de modération que la complémentaire. Les deux régimes convergeront vers une logique identique : accorder une hausse, mais systématiquement inférieure à la hausse des prix.
Cette convergence a une conséquence directe. Un retraité dont la pension totale se compose pour moitié de base et pour moitié de complémentaire subira un double effet de sous-indexation à partir de 2028. La perte de pouvoir d’achat ne sera plus cantonnée à la part Agirc-Arrco.
Ce que cela change pour la pension globale
Prenons le cas d’un retraité qui perçoit environ la moitié de ses revenus via l’Agirc-Arrco. En 2026, seule la part de base a été revalorisée de 0,9 %. La part complémentaire reste gelée jusqu’en novembre au mieux. La hausse réelle de la pension totale est donc nettement inférieure à 0,9 %, proportionnellement au poids de la complémentaire.
Plus la retraite complémentaire représente une part élevée du revenu global, plus l’écart se creuse entre le taux annoncé pour la base et la hausse effectivement perçue sur le compte bancaire.
CSG et changement de tranche : un écart base-complémentaire qui se joue aussi en net
La revalorisation de la retraite de base peut produire un effet paradoxal. En augmentant le revenu fiscal de référence, elle fait basculer certains retraités dans une tranche supérieure de CSG. Le taux passe alors de 3,8 % à 6,6 %, voire à 8,3 % pour les revenus les plus élevés.
Ce mécanisme touche les deux types de pension, mais ses conséquences diffèrent :
- La retraite de base, revalorisée en janvier, augmente immédiatement le revenu imposable de l’année en cours.
- La retraite Agirc-Arrco, gelée jusqu’en novembre, ne contribue pas à cette hausse du revenu fiscal pendant les dix premiers mois de l’année.
- Un retraité proche d’un seuil de CSG peut donc franchir la limite à cause de la seule revalorisation de base, et voir l’ensemble de ses pensions (base et complémentaire) davantage prélevées.
Le gain brut de 0,9 % sur la base se trouve alors partiellement, voire totalement, absorbé par le surcoût de CSG appliqué sur la totalité des revenus de remplacement.

Négociations d’octobre 2026 : ce qui déterminera la hausse Agirc-Arrco
Le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco se réunira en octobre 2026 pour fixer la valeur du point applicable au 1er novembre. Plusieurs paramètres pèseront sur la décision :
- L’inflation annuelle constatée par l’INSEE (première estimation à 2 % pour 2026).
- L’état des réserves financières du régime, qui conditionnent la marge de manoeuvre des partenaires sociaux.
- L’application ou non du facteur de soutenabilité de 0,4 point prévu par l’accord de 2023.
- Le contexte politique et social, qui peut inciter à un geste plus généreux en période de tensions sur le pouvoir d’achat.
Si le facteur de soutenabilité est appliqué strictement, la revalorisation Agirc-Arrco se situerait aux alentours de 1,6 %. En revanche, si les partenaires sociaux décident de le suspendre temporairement, la hausse pourrait atteindre 2 %, soit plus du double de ce qu’a accordé la retraite de base en janvier.
L’écart entre les deux régimes en 2026 tient donc moins à une question de générosité qu’à un décalage de calendrier et de gouvernance. La retraite de base applique une règle automatique modeste, la complémentaire attend une décision humaine potentiellement plus favorable. Le résultat final, pour chaque retraité, dépendra de la proportion entre les deux sources de revenus et du niveau de CSG qui s’applique à l’ensemble.

